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L'enfant ne comprend pas et dénonce les injustices. Que ce soit à la maison, à l'école, au parc de jeux, il se révolte instinctivement contre ce qui ne lui paraît pas juste.
L'enfant ne tient pas compte de la différence. Les autres sont ses pairs, il les traite indifféremment, sans prendre en compte la couleur, la langue, le niveau social.
L'enfant est naturellement juste. Pour peu qu'on lui explique, il dénonce les abus dont peuvent être victimes ses congénères.
Mon enfant m'a dit:
"Pourquoi Pierre ne peut-il pas venir au club de natation?
-Ses parents n'ont pas assez d'argent pour payer la cotisation.
-Pourquoi il faut payer une cotisation? La piscine, elle est à tout le monde. "
Oui, mon enfant, la piscine est à tout le monde. Et pourtant, Pierre ne peut pas participer aux cours: ses parents sont trop pauvres pour l'y envoyer.
"Pourquoi il est pauvre, Pierre? Nous, on est riche?
-Non, mon coeur, on n'est pas riche, mais on a un tout petit peu plus d'argent que les parents de Pierre. Alors, on peut payer pour que tu ailles à la piscine.
-Pourquoi? Pierre a dit que son papa travaille. Il doit gagner de l'argent, alors?"
Et oui, le papa de Pierre, il travaille. Il est maçon. Sa maman aussi travaille. Elle s'occupe des personnes qui ont besoin d'une aide à domicile.
Et de me demander, alors, comment ce sens de la justice, inné chez l'enfant, peut s'émousser et même disparaître en grandissant.
Je suis enseignante et je ne comprends pas que mes collègues, dans leur classe, ne cultivent pas toujours ce sens de la justice. L'école pour tous, la réflexion pour tous, c'est ça, l'école.
L'école, c'est le lieu qui doit former des jeunes enfants, puis des adolescents, à devenir des hommes . C'est l'école qui doit leur rappeler, quand ils l'oublient, qu'ils sont une grande famille. La famille de ceux qui ont le droit de s'exprimer, de demander, d'exiger la justice à laquelle ils tenaient tant étant petits.
Si l'école ne fait pas celà, qui le fera? Les parents, bien sûr, ont leur rôle à tenir. Ils doivent pouvoir expliquer avec fierté qu'ils travaillent, donnent de leur temps et de leur forces pour faire rentrer la paye du mois. et participere à l'économie de leur pays.
Mais je reste persuadée que c'est à l'école, au collège , au lycée qu'on doit enseigner la justice. Et qu'on ne vienne pas me dire que c'est difficile. Rien de plus facile que de planter la graine dans un terreau fertile et prêt à la faire germer.
Ce terreau, nous l'avons devant nous: les élèves, qui ont d'emblée le sens de la justice.
Alors, serait-ce qu'on refuse de planter la graine?
" On a des programmes à respecter, des demandes bien précises qui nous tombent dessus directement du ministère".
Balivernes!! Les programmes sont faits pour être contournés quand ils ne servent pas la réflexion.
Tout enseignant qui veut pouvoir se regarder dans un miroir le soir et se dire "J'ai formé mes petits gars, aujourd'hui", doit être conscient que c'est lui et ses collègues qui font de futurs citoyens. Et il faut les former à se faire respecter, à être fiers de leur travail, de leur métier, de leur esprit revendicatif si nécessaire.
Ou sinon, pourquoi choisir le métier d'enseignant? Pourquoi oublier que nous travaillons avec et pour des élèves qui valent la peine qu'on les écoute, qu'on leur réponde, qu'on les laisse s'exprimer.
Je sais que le métier devient de plus en plus difficile. On n'est plus aussi libre de monter ses cours comme on l'entend, de prévoir des progressions cohérentes et enrichissantes.
Les contractuels sont de plus en plus nombreux, et il leur est difficile de s'opposer aux directives ministérielles, sinon c'est la porte.
Les enseignants deviennent des exécutants.
Si nous continuons dans cette voie, le métier d'enseignant devra changer d'appellation: nous serons des répétiteurs , rien de plus.
Il faut que les parents, les enseignants eux-mêmes aient conscience de cette évolution.
Enseigner, c'est un métier. On doit former, pas formater.
Notre gouvernement ne veut pas d'enseignants qui réfléchissent, car ils feraient alors des élèves qui réfléchissent. Il veut des exécutants, sans véritable qualification, car ce sont ces enseignants-là qu'on pourra manoeuvrer et faire obéir à des directives pensées par un ministère qui ne connait rien du terrain, mais qui sait pertinemment qu'il veut des élèves dociles et de futurs citoyens passifs.
Cette réflexion, je la mène pour tous ceux qui ont envie de rester des enseignants , et je pense que c'est la majorité d'entre nous.
Formons nos élèves, refusons d'exécuter sans broncher les ordres qui tombent d'en haut. Aidons les enseignants en situation précaire (contractuels), nous qui avons encore (pour combien de temps?) la chance d'avoir la sécurité de l'emploi.
Battons-nous pour que notre métier vive, pour que nous puissions offrir aux élèves ce à quoi ils ont droit: un enseignement de qualité, le même pour tous, et le plus ouvert qui soit.
Ghislaine